le densovirus, un espoir dans la lutte contre le principal ravageur du cotonnier en egypte
La noctuelle Spodoptera littoralis est le principal insecte ravageur des
plantations de coton en Egypte. Afin de proposer une alternative à
la lutte chimique contre cet insecte, des chercheurs de l’IRD, de l’Université
du Caire et leurs partenaires français et canadiens
[1] , ont étudié un virus d’origine
locale, le Densovirus MlDNV
[2] , qui décime les chenilles des noctuelles nuisibles.
Les recherches menées sur le terrain et à l’échelle
du génome permettent de le considérer comme un candidat potentiel
à l’élaboration de nouveaux biopesticides. Cependant,
l’innocuité de ce virus vis-à-vis des espèces d’insectes
non cibles, actuellement testée en vue de son éventuelle homologation
en Egypte, reste à confirmer.
En Egypte, les plantations de coton recouvrent 400 000 à 500 000 hectares,
soit 1/6e des terres cultivées. Sources importantes de devises à
l’exportation, ces plantations font l’objet d’une étroite
surveillance phytosanitaire. Elles sont en effet la cible d’un insecte
défoliateur, la noctuelle Spodoptera littoralis (Lépidoptère).
Celle-ci, connue pour être le principal ravageur du cotonnier, s’attaque
également aux feuilles de graminées vivrières ainsi qu’à
celles de la luzerne qui constitue la première culture fourragère
en Egypte. Cette noctuelle est de ce fait l’un des insectes les plus
étudiés de ce pays. Or, comment éradiquer les populations
de ce ravageur en évitant de recourir massivement aux pesticides chimiques
afin de préserver l’environnement et ce, sans compromettre les
rendements agricoles ?
La solution proposée par des chercheurs de l’IRD, de l’Université
du Caire et leurs partenaires français et canadiens [1]
repose sur la domestication d’un virus d’insectes isolé
en Egypte en 1995, le Densovirus MlDNV
[2] . Celui-ci pourrait être utilisé localement
comme biopesticide au sein de programmes de lutte biologique.
Les chenilles s’infectent via leur consommation de feuilles contaminées
par le virus. Celui-ci traverse la paroi intestinale et se multiplie dans
la plupart des tissus de l’insecte, occasionnant d’importantes
lésions. Les chenilles atteintes rejettent alors des sécrétions
porteuses de particules virales, à l’origine d’un nouveau
cycle infectieux, et meurent en quelques jours. L’emploi de ce virus
d’origine locale comme biopesticide, en réduisant les populations
de noctuelles, protègerait ainsi les cultures de cotonnier sans perturber
l’équilibre des écosystèmes.
La biologie du Densovirus a été étudiée tant en
milieu naturel qu’à l’échelle du génome,
afin d’envisager son homologation en Egypte. Les chercheurs ont pu ainsi
préciser la biologie, la virulence et la propagation de ce virus en
fonction des fluctuations des populations d’insectes ravageurs.
Dans l’objectif de caractériser sa répartition dans les
cultures agricoles égyptiennes, sa présence a été
recherchée sur sept espèces de noctuelles, dont Spodoptera littoralis.
Le Densovirus a ainsi pu être isolé chez ces sept espèces
et sur l’ensemble du territoire égyptien (des plantations de
coton du Delta du Nil en basse Egypte aux champs de luzerne et de trèfle
de haute Egypte et des oasis de l’Ouest), quelque soit la période
de l’année. Ce virus n’apparaît donc pas strictement
inféodé à S. littoralis mais polyspécifique, ce
qui lui permet de se maintenir dans les cultures durant toute l’année.
Il se transmettrait en effet des espèces de noctuelles d’hiver
et de printemps aux espèces d’été et d’automne
[3]
, donnant lieu à d’importantes infestations chez chacune de ces
espèces de ravageurs.
Le séquençage et l’étude approfondie du génome
du Densovirus MlDNV, ont permis de comprendre les mécanismes qui régissent
sa multiplication. Les différents échantillons de virus prélevés
en Egypte, bien que certains correspondent à des souches génétiquement
distinctes, se sont tous révélés appartenir à
la même espèce de Densovirus, le MlDNV. Cette diversité
de souches génétiques pourrait notamment expliquer la large
répartition du virus et sa capacité à infecter plusieurs
espèces de noctuelles, sans modification de sa virulence.
Par ailleurs, ce virus d’insectes serait incapable d’infecter
des mammifères, comme l’indiquent des expériences in vitro
d’infection de cellules, ni la plupart des animaux des zones agricoles
étudiées (les vers de terre et les escargots, notamment). Les
recherches se poursuivent en Egypte pour vérifier l’innocuité
du virus vis-à-vis d’espèces d’insectes non cibles,
en vue d’envisager son homologation, première étape vers
le développement d’un biopesticide.
Légende : Larve de dernier
stade du défoliateur égyptien
(Egyptian Leafworm)
Spodoptera littoralis
(Lepidoptera, Noctuidae)
sur feuille de luzerne.
Référence Indigo : 26150
POUR EN SAVOIR PLUS

Gilles FEDIERE – IRD UR072
« Biodiversité et évolution des complexes plante-insectes-ravageurs-antagonistes
».
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